Mendicité : l'utilisation de chiots mobilise la police

 

Les associations insistent aussi sur le problème de santé publique posé par ces animaux rarement vaccinés, pouvant être porteurs de maladies graves.
Les associations insistent aussi sur le problème de santé publique posé par ces animaux rarement vaccinés, pouvant être porteurs de maladies graves. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro
 

De plus en plus utilisés pour attendrir les passants, ils font l'objet de trafics. La préfecture de police de Paris veut multiplier les contrôles.

Début août, une policière parisienne de faction sur l'île de la Cité a appréhendé une femme d'une soixantaine d'années qui dissimulait trois jeunes chiots dans un sac hermétiquement clos. «Ils étaient au bord de l'asphyxie», explique Franck Carabin, porte-parole de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP). La femme avait un comportement étrange. Mais ce qui a décidé la policière à intervenir, c'est la petite tête d'un chiot qui dépassait d'un second sac, mal fermé celui-là. Une fois les petites bêtes libérées, la femme, originaire d'Europe centrale, a été interpellée et placée en garde à vue pour «mauvais traitement à animaux» et «acte de cruauté».

«La police est également là pour protéger les animaux»

Un énième épisode qui relance le débat sur l'utilisation de jeunes chiens et chats, souvent importés illégalement d'Europe de l'Est et exposés sur les trottoirs pour mieux attendrir les passants. La Fondation Brigitte Bardot (FBB), qui a déposé plainte pour «sévices graves», se félicite que l'incident ait eu lieu sous les yeux d'une policière, car il est souvent difficile de faire constater les faits et l'association tire depuis longtemps la sonnette d'alarme face à cette exploitation grandissante des animaux. «En quelques mois, la FBB a pris en charge plus de 50 chiens exploités par les Roms dans des conditions lamentables», rappelle Christophe Marie, porte-parole de la fondation.

Les actions et mises en garde des associations comme la FBB, l'Association Stéphane Lamart ou encore l'École du chat n'auront pas été vaines car, depuis quelques mois, la préfecture de police de Paris a demandé à ce qu'une attention accrue soit portée à celles et ceux qui se servent d'animaux à des fins de mendicité.

«Nous y sommes particulièrement sensibilisés, confirme le commandant de police Franck Carabin, car, à chaque fois que nous avons contrôlé les chiens des Roms, nous avons pu constater à quel point ils manquaient de soins, étaient mal ou pas nourris, souvent en très mauvaise santé. Ces animaux ne sont utilisés qu'en vitrine, pour attendrir les passants et récolter l'argent que les gens donnent de bonne foi pour nourrir les chiots», déplore encore le porte-parole, qui souligne que «la police est également là pour protéger les animaux».

Empêcher la cruauté et les trafics

Or, pour leur venir en aide, les forces de l'ordre ne disposent pas d'un arsenal pénal. La mendicité n'est pas répréhensible, l'effectuer avec un animal n'est pas interdit. Heureusement pour les SDF qui puisent un grand réconfort dans la présence de leur chien.

Deux articles du Code pénal permettent néanmoins d'appréhender les «propriétaires» d'animaux exploités: l'article R. 654-1, relatif au mauvais traitement animal, et l'article 521-1, relatif aux actes de cruauté. Laisser une chienne mettre bas à même le trottoir par - 10 °C en est un triste exemple. Bien souvent, les chiots sont également vendus à la sauvette aux passants pour 200 ou 300 €. Là, un autre article du Code pénal (644-3), qui interdit la vente sur la voie publique sans autorisation préalable, permet aussi d'intervenir et de «confisquer le produit». Les citoyens témoins de ces délits peuvent alerter le commissariat le plus proche pour que des agents viennent constater les faits, vérifier les tatouages ou les papiers (obligatoires) des bêtes avant d'interpeller le fautif et récupérer les animaux. Le procureur de la République est saisi, puis les animaux sont confiés à des associations.

Des chatons drogués aux calmants

«Au-delà de la violence faite aux animaux, dont on se débarrasse sans état d'âme dès qu'ils ne servent plus, ce trafic d'animaux pose un vrai problème de santé publique, souligne-t-on au sein de la Fondation Brigitte Bardot. Les chiots, jamais vaccinés, sont parfois porteurs de maladies graves, rage comprise, et se contaminent entre eux. Sans parler des enfants enclins à s'approcher des petites bêtes présentes sur le trottoir…»

D'abord constaté à Paris, dans les quartiers passants ou touristiques, le phénomène ne cesse de s'étendre dans les grandes villes de province, notamment à Nice et sur la Côte d'Azur. Depuis peu, on voit aussi apparaître des chatons, souvent drogués aux calmants car l'animal a du mal à rester immobile. «L'attention accrue des services de police est un signe encourageant, reconnaît une jeune femme postée à quelques mètres d'un homme assis dans la rue avec quatre chiots à ses pieds. Mais ils ne peuvent pas être partout. Et comme on ne peut pas racheter tous les chiots, ça alimenterait le trafic, on est quelques-uns à s'organiser pour subtiliser les animaux maltraités, les soigner et les faire adopter ensuite.»

C'est du vol. Elle le sait. Se persuade qu'il n'y a pas d'autres moyens. «Au début, je dépensais des sommes folles pour acheter des couvertures, des croquettes, des gamelles, histoire d'améliorer les conditions de vie de ces animaux que je voyais en piteux état. Invariablement, on me proposait de les acheter à des prix vertigineux: 400 à 500 €. Ils ne sont pas attachés à leurs chiens, alors, en attendant que le problème soit traité, j'agis.»

Jusqu'à ce que la multiplication des contrôles et des sanctions enrayent enfin le trafic.

Par Alexandra Michot